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Le Symbolisme du Centre du Monde

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Introduction

Il va être développé dans ce qui suit l’étude de ce qui est communément appelé en langage des symboles : le Centre du Monde. Il s’agit d’un de ces symboles primordiaux présents dans toutes les cultures et religions, de même que le cercle, le carré et la croix. Il est indispensable de connaître le sens de ce symbole pour comprendre le fil conducteur qui a guidé tous les travaux présentés sur ce site (NDLR : artgauth.regnabit.com/).

 

Le symbolisme du Centre du Monde

Un symbole de l’unité indivisible (chiffre 1)

Le Centre, en tant que Point, est effectivement un symbole de l’Unité. En cela, il est le principe de l’étendue, qui n’existe que par son rayonnement : géométriquement, c’est par le biais de points que sont créés droites et plans dans l’Espace. Ces points, sans dimension intrinsèque, invisibles donc, forment  pourtant l’espace et tout ce qu’il contient.

Étant matériel, le Centre est donc l’Un manifesté, ou pour parler le langage théologique, Dieu se faisant "Centre du Monde" par son Verbe.

Le moteur du Monde et de l’Univers

Le centre n’est surtout pas à concevoir, dans sa représentation symbolique, comme une position simplement statique. Il est en effet analogue au point qui  correspond au milieu d’une roue d’une automobile : ce Centre de la Roue est immobile, et pourtant, il est le moteur qui donne mouvement à la roue. Cette immuabilité est aussi le symbole de Dieu.

"Dieu est une sphère dont le centre est partout et la circonférence nulle part."
Pascal

Cet aspect du symbole semble parfaitement clair dans la carte de Tarot appelée "Roue de Fortune", 10ème arcane majeure, où l’on voit l’image d’une Roue qui peut représenter le Monde, à cause des différents personnages qui sont posés dessus, et dont le mouvement (le feu) est entraîné par un essieu avec manivelle (la manivelle, pour bien montrer qu’il s’agit du moteur de la roue).

Enfin, toujours avec cette image en tête, on rappellera que les alchimistes lors de leur quête de la Pierre Philosophale sont à la recherche de composants mystérieux comme le feu central de l’homme et de la terre, celui du ventre et de l’athanor des alchimistes où, par l’œuvre au rouge s’opère la digestion, le mûrissement, la génération ou régénération de l’homme ou de l’œuvre.

L’intersection de la croix

Lorsque l’on veut désigner un trésor sur une carte, l’on dessine automatiquement une croix à son emplacement. L’intersection des deux droites localise le Centre, invisible de par son essence abstraite.

Citons Clément d’Alexandrie lorsqu’il dit que de Dieu, "Cœur de l’Univers, partent les étendues indéfinies qui se dirigent, l’une en haut, l’autre en bas, celle-ci à droite, celle-là à gauche, l’une en avant et l’autre en arrière [...]""

Il n’est donc pas étonnant de retrouver le Chœur d’une Église comme étant l’intersection de la nef et du transept, et, on peut aller jusqu’à le dire : le Christ, de par son essence elle-même divine, ne pouvait que mourir sur une Croix, symbole de Dieu au Centre du Monde. Car en effet, pour reprendre l’idée développée plus haut par Clément d’Alexandrie, le Centre (1, divin) développe la Croix (4, symbole de la Terre). Tel est le symbole de Jésus Christ : Dieu fait Homme.

En aparté, la coquille du pèlerinage vers Compostelle est appelée mérelle ou aussi creusille, à rapprocher du creuset des alchimistes. Or le vieux terme français pour creuset était précisément croiset. De là à dire que le pèlerinage spirituel et l’alchimie ne sont que la même quête du Centre du Monde, il n’y a qu’un pas...

La rose et la croix

"Au centre d’or de la rose éternelle, qui se dilate et va de degré en degré, et qui exhale un parfum de louange au soleil toujours printanier"
Dante

Le développement du Centre Divin en Croix, peut faire penser à l’épanouissement d’une fleur. Or la fleur mystique par excellence en Occident est la Rose, remarquable par sa beauté, sa forme, et son parfum. Son symbolisme est d’ailleurs très proche de celui de la roue (en latin Rosa / Rota), comme le montre son emploi courant dans le terme Rose des Vents pour indiquer les différentes positions de l’espace.

Il est remarquable que les Rose-croix placent la rose au centre de la Croix. La rose qui par sa couleur originellement rouge fait penser au sang.

Extension au symbolisme du Graal

"Le cœur est le temple, l’autel de Dieu : il peut le contenir entièrement"
Angelus Silesius

A l’intersection des 4 branches de la Croix chrétienne se trouve aussi symboliquement l’emplacement du Cœur du Christ. C’est le Sacré Cœur loué par les chrétiens. Le cœur est effectivement le Centre vital de l’être humain (le moteur de l’être humain), en tant qu’il assure la circulation du sang, et par là on retrouve le symbole décrit initialement comme étant le Centre du Monde. Or le cœur contient le sang : il est un vase. L’analogie du cœur du Christ avec le symbole du Graal est ici plus qu’évidente : elle est même capitale.

Car nous arrivons ici à l’idée de la quête du Graal, qui, si nous suivons la démarche présentée depuis le début, revient à effectuer un retour vers le Centre du Monde, c’est-à-dire Dieu.

Enfin, l’analogie avec la roue est ici frappante si l’on se souvient que le Graal est apparu au centre de la Table Ronde.

L’étoile polaire

Pour nos ancêtres, il y avait un Centre remarquable dans l’univers : il s’agissait de l’Étoile Polaire. En effet du point de vue d’une personne sur Terre qui regarderait le firmament, les étoiles et l’univers entier semblent tourner comme une roue autour de cette étoile fixe.

Ce symbolisme est extrêmement puissant car il représente un point inaccessible, moteur de l’univers, c’est-à-dire encore une fois Dieu, mais cette fois-ci avec une dimension supplémentaire qui est la hauteur, ou verticalité. Car de l’intersection d’une croix plate à 2 dimensions, symbolisant notre état horizontal, c’est-à-dire primaire, l’élévation spirituelle ne peut se représenter qu’en ajoutant une troisième dimension symbolique : la verticale.

 

Le symbolisme de l’Axe du Monde

Ainsi le Centre du Monde est souvent figuré par une élévation : montagne, colline, arbre, omphalos, pierre levée, clocher d’église. C’est au Centre du Monde que se rencontre alors le Ciel et la Terre et qu’en langage des symboles l’on nomme communément Axis Mundi, ou Axe du Monde.

L’axe, autour duquel s’effectuent les révolutions du monde est un degré supérieur au symbole du Centre du Monde. En fait le Centre n’est qu’une projection de l’Axe sur Terre. Il s’agit en fait d’unir le centre du monde terrestre au centre du ciel, qui est figuré par l’étoile polaire, par exemple. En fait, c’est le long de l’Axe que s’élève vers les états supérieurs celui qui est arrivé au Centre.

L’échelle de Jacob

L’analogie la plus frappante est tirée de la Bible (GEN. XXVIII, 10-22) :

"Jacob partit de Beer-Sébahet s’en alla à Caran.
Et il se rencontra en un lieu où il passa la nuit, parce que le soleil était couché. Il prit donc des pierres de ce lieu-là, et en fit son chevet, et s’endormit en ce même lieu.
Et il songea ; et voici, une échelle dressée sur la terre, dont le bout touchait jusqu’aux cieux ; et voici, les anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle.
Et voici, l’Éternel se tenait sur cette échelle, et il lui dit : Je suis l’Éternel, le Dieu d’Abraham ton père, et le Dieu d’Isaac : je te donnerai et à ta postérité la terre sur laquelle tu dors.
Et ta postérité sera comme la poussière de la terre ; et tu t’étendras à l’occident, à l’orient, au septentrion et au midi ; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi et en ta semence.
{...}
Et quand Jacob fut réveillé de son sommeil, il dit : Certes, l’Éternel est en ce lieu-ci, et je n’en savais rien.
Et il eut peur et dit : Que ce lieu est effrayant ! C’est ici la maison de Dieu, et c’est ici la Porte des Cieux.
Et Jacob se leva de bon matin et prit la pierre dont il avait fait son chevet, et la dressa pour monument : et versa de l’huile sur son sommet.
Et il appela le nom de ce lieu-là Béthel ; mais auparavant la ville s’appelait Luz."

Sans développer ni entrer dans les détails, nous avons ici l’image de Jacob qui se rencontre (rencontre intérieure, retour au Centre) et qui, en tant que poussière, c’est-à-dire le Point ou Centre, s’étend dans les quatre directions de la croix. La rencontre avec Dieu se fait en gravissant l’échelle, ou Axis Mundi.

L’échelle des Philosophes alchimistes

On connaît une autre échelle symbolique, il s’agit de l’échelle des alchimistes, comme celle gravée sur le fronton du portail central de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Surnommée communément Échelle des Philosophes elle possède 9 échelons, le dixième étant le retour à l’unité divine (9 + 1 = 10 soi t 1 + 0 = 1).

La Montagne Sacrée

Le symbolisme de la montagne est multiple : il tient de la hauteur et du centre. Vue d’en haut, elle apparaît comme la pointe d’une verticale, elle est Centre du Monde ; vue d’en bas, de l’horizon, elle apparaît comme la ligne d’une verticale, l’axe du monde, mais aussi l’échelle, la pente à gravir. Tous les pays, tous les peuples, la plupart des villes ont ainsi leur montagne sacrée. La montagne centrale artificielle se retrouve dans les tumulus et les cairns, les tas de pierres des celtes. Et nous avons vu avec l’échelle de Jacob le symbole de la pierre levée, comme localisation du Centre du Monde.

Les portes solsticielles

L’axe du monde est, dans l’espace, l’axe des pôles. Dans le temps, il s’agit du très riche symbole de l’axe solsticiel. Pour la légende, Janus, dieu latin de l’initiation aux mystères, détenait les clefs des portes solsticielles, c’est-à-dire des phases ascendantes et descendantes du cycle annuel. Il s’agit respectivement de la porte des dieux, qui correspond à la Saint-Jean d’hiver et à la renaissance du soleil, dans le signe du Capricorne ; et de la porte des hommes, qui correspond à la Saint-Jean d’été et à la mort cyclique du soleil, dans le signe du Cancer. Ces deux portes sont encore Janua coeli et Janua inferni, portes des enfers et des cieux. On remarquera d’ailleurs l’analogie entre Janus et Saint-Jean. Comme quoi les symboles les plus anciens de la Tradition perdurent à travers les cultures et les religions.

Donc si l’on trace une ligne sur le cercle qu’est le zodiaque, entre les deux portes solsticielles, l’on retrouve le symbole de l’axe du monde. S’il devait être représenté graphiquement d’ailleurs, il faudrait le dessiner verticalement avec en bas la porte des hommes, c’est-à-dire le signe du Cancer, et en haut le signe positif de la porte des dieux, ou le Capricorne.

Sachant que le signe du Cancer est aussi représenté par un poulpe, on arrive ainsi à l’image de la pierre tombale de Marie d’Hautpoul, au cœur du mystère de Rennes-le-Château.

 

Où trouver le Centre du Monde et l’Axe du Monde ?

C’est bien la grande question ! A un degré de symbolisme différent, cela revient à chercher le Graal. C’est dire si la difficulté est de taille. Toutefois le Centre du Monde tient à la fois d’un lieu physique et spirituel.

Différence seulement relative

La différence entre le Centre du Monde et l’Axe du Monde est purement relative. il s’agit du point de vue où l’on se place. Un axe perpendiculaire à un plan, et projeté verticalement sur ce plan ne sera plus qu’un point. Ou encore, un être en 2 dimensions se baladant sur un plan, lorsqu’il rencontrera l’axe, ne sera capable de ne voir que l’intersection de l’axe avec le plan, c’est-à-dire le Point ou Centre.

Ce n’est donc qu’une dimension supplémentaire de la perception.

Tout lieu sacré est Centre du Monde

Dieu est partout, de même que l’espace n’est formé que de points. Donc potentiellement, chaque lieu de l’espace est un Centre du Monde en puissance.

Mircéa Eliade discerne ce symbole d’une façon générale qui montre bien l’aspect sacré du Centre du Monde :

"Au centre du monde se trouve la Montagne Sacrée, c’est là que se rencontrent le ciel et la terre.
Tout temple ou palais et, par extension, toute ville sacrée ou résidence royale sont assimilés à une montagne sacrée et sont ainsi promus chacun centre.
A leur tour, le temple ou la cité sacrée, étant le lieu par où passe l’Axis Mundi, sont regardés comme le point de jonction entre Ciel, Terre et Enfer."

En d’autres termes, tout lieu peut être promu Centre du Monde si l’on lui donne ce sens, par un bâtiment ou une colline sacrée, et très certainement par un rite ou un rituel symbolisant sa qualité de Centre.

Exemples célèbres

- Pour les Grecs, le centre du monde était marqué par l’omphalos de Delphes.

- En Gaule les druides se réunissaient dans une plaine centrale Mediolanum pour élire leur chef.

- En Irlande toutes les fêtes religieuses et officielles se tenaient dans la ville de Tara, capitale de la province centrale de Midhe.

- La lance, qui perce ou bien le flan du Christ (le sang provient du cœur), ou bien qui traverse la gueule du dragon, dans le cas de Saint-Georges.

- Une croix plantée sur un globe, comme l’emblème des Chartreux, et comme le dit leur devise : Stat lux dum volvitur orbis (la croix demeure debout quand tourne le globe).

- L’épée qui transperce quelque fois verticalement le Sacré Cœur de Jésus.

- Le caducée d’Esculape ou d’Hermès, autour duquel s’enroulent deux serpents.

- Les colonnes de l’Église, les colonnes du Temple.

- Le swastika, symbole solaire positif de roue et du Centre qui est son moteur immuable.

- Le labyrinthe. Sa forme circulaire rappelle la Roue du Monde et le chemin intérieur l’errance du pèlerin avant d’atteindre le Centre.

- Le Méridien de Paris, car il pointe sur les deux pôles de la Terre, et il passe par Paris, ville des lumières. Or le symbole de la lumière en ésotérisme est le X, comme la croix localisant le Centre du Monde.

- L’arbre de vie qui se trouve au Centre du jardin d’Eden, à l’intersection des 4 fleuves du Paradis qui forment ainsi une croix dont l’Arbre est le centre, arbre dont le bois, soit dit en passant aurait constitué la croix sur laquelle le Christ fut crucifié.

Extraits tirés de l'Évangile Apocryphe de Saint Thomas

Cet évangile n’est pas reconnu par l’Église, comme de nombreux autres (une centaine).

L’édition La Pléiade les a récemment tous édités dans un volumineux ouvrage et seul l’évangile de Saint-Thomas nous semble donner des références directes à un centre "moteur" du monde dont Jésus en est la lumineuse image sur Terre :

Logion 20 :
Les disciples dirent à Jésus : "Dis-nous à quoi est semblable le Royaume des Cieux."
Il leur répondit : "Il est semblable à un grain de sénevé, la plus petite de toutes les semences.
Mais lorsqu’il tombe sur une terre travaillée, il produit une grande branche et devient un abri pour les oiseaux du ciel."

Logion 50 :
Jésus a dit : "S’ils vous disent : "D’où êtes-vous issus ?", répondez-leur : "Nous sommes venus de la lumière, du lieu où la lumière est issue d’elle-même ; elle s’est dressée et elle s’est manifestée dans l’image des hommes."
S’ils vous disent : "Est-ce vous ?", répondez : "Nous sommes ses fils et les élus du Père vivant."
S’ils vous demandent : "Quel est le signe de votre Père en vous ?", répondez-leur : "C’est un mouvement et un repos."

Logion 61 :
Jésus a dit : "Je suis celui qui est issu de celui qui demeure égal à lui-même. Il m’a été donné de ce qui est à mon Père."
"C’est pourquoi je dis : "Quand il sera réduit à l’unité, il sera rempli de lumière ; mais tant qu’il sera divisé, il sera rempli de ténèbres.""

Logion 77 :
Jésus a dit : "C’est moi la lumière qui est au-dessus d’eux tous ; c’est moi le Tout. Le Tout est issu de moi, et c’est à moi que le Tout est parvenu. Fendez du bois, et je suis là ; soulevez une pierre, et c’est là que vous me trouverez."

Les petits et grands mystères

La quête du Centre du Monde reste un mystère, puisqu’il participe du développement intérieur personnel. Il est probable que nombre de cérémonies d’initiation se déroulent autour du symbolisme de Centre du Monde, puisqu’il s’agit en fait d’une renaissance, au sens alchimique du terme.

D’ailleurs pour conclure, en alchimie les étapes essentielles du Grand Oeuvre sont l’œuvre au blanc et l’œuvre au rouge. Elles correspondent selon l’hermétisme occidental aux petits mystères et aux grands mystères.

Il s’agirait en fait :

  • de l’atteinte du centre du monde et de l’état édénique ;
  • de la sortie du monde terrestre, le long de l’axe du monde et de l’atteinte des états supra humains.

Bien entendu, tout cela n’est que spéculation, mais les différents points énumérés devraient permettre de se faire au moins à l’idée que le symbole du Centre du Monde est probablement LE symbole primordial, celui vers lequel tous les autres symboles ramènent ; ce qui serait normal si l’on considère qu’il s’agit du symbole de l’état divin.

 

Bibliographie

• GUENON René. - Le Symbolisme de la Croix. - Ed. Guy Trédaniel, 1996.
• GUENON René. - Symboles de la Science Sacrée. - Ed. Gallimard, 1976.
• CHEVALIER, GHEERBRANT. - Dictionnaire des Symboles. - Ed. Robert Laffont, 1982.
• Ecrits apocryphes chrétiens. - Bibliothèque de La Pléiade, Ed. Gallimard, 1997.

Source : http://artgauth.regnabit.com/
RENÉ DESCARTES (1596-1650) Les Passions De L'âme
Trésors : la chasse continue

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samedi 15 décembre 2018

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