• A la mémoire des perceptions et des expériences ..

Black Rain S01//E1-2, de Chris Debien

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AngeAdmin samedi 5 novembre 2016 16:26


Résumé :

Adam vit dans une réalité peuplée de voix et de bruits qui n'existent pas. Comment savoir ce qui est réel ? Les meurtres auxquels il assistent sont-ils le fruit de son imagination ?


« Dans la foulée de Matrix et de Ghost in the Shell voici un roman terrifiant pour les 15-25 ans accros de SF, mangas et jeux vidéos. Black Rain va les essorer et projeter leurs peurs sur l'écran noir de leurs mémoires. »
Stéphan de Pasquale, Laissez-vous tenter, RTL


L'auteur :

Né à Marseille le 22 octobre 1968, Chris Debien est auteur de novellisations de Lanfeust de Troy, romans de science-fiction et revues de jeux de rôle. Il est également médecin responsable des urgences psychiatriques du CHRU de Lille. Réunissant les obsessions de ses deux métiers, il a imaginé avec Pascal Quidault, qui illustre ses chimères, une série de romans de science-fiction se déroulant dans un Centre de recherches scientifiques bien inquiétant : Black Rain, sur deux saisons de six épisodes chacune.


Bibliographie :

  • Lanfeust de Troy T1 : L'ivoire du Magohamoth (2003)
  • Lanfeust de Troy T2 : Thanos l'incongru (2003)
  • Lanfeust de Troy T3 : Castel Or-Azur (2004)
  • Lanfeust de Troy T4 : Le Paladin d'Eckmühl (2004)
  • Lanfeust de Troy T5 : Le Frisson de l'haruspice (2005)
  • Lanfeust de Troy T6 : Cixi impératrice (2005)
  • Lanfeust de Troy T7 : Les Pétaures se cachent pour mourir (2006)
  • Lanfeust de Troy T8 : La Bête fabuleuse (2006)
  • L'affaire du coucher du Vieux-Lille (2006)
  • Skyland T1 : L'Archipel des tempêtes (2007)
  • Les Chroniques de Khëradön T1 : L'Eveil du roi (2008)
  • Les Chroniques de Khëradön T2 : Les insoumis (2009)
  • Le Cycle de Lahm T1 : L'Eveil du roi (2010)
  • Le Cycle de Lahm T2 : Les insoumis (2010)
  • Le Cycle de Lahm T3 : Les légions d'Infër (2011)
  • Black Rain T1 : S01//E1-2 (2012)
  • Black Rain T2 : S01//E3-4 (2012)
  • Diablo nao morre para sempre (2013) – nouvelle parue dans Dimension Nécropolice d'avril 2013

Le début :

« Séquence 01 Blind Zone
04 : 00 : 00

Quelque chose clochait.

Impossible de savoir quoi exactement.

Juste une impression de déjà-vu. Le sentiment d'avoir vécu ces mêmes instants. À plusieurs reprises. Identiques et différents à la fois.

Adam détestait ces premières secondes.

Ce ciel de cendres lacéré par les briques des bâtiments, ces ruelles décharnées embaumant l'ozone et le gasoil. Et la dentelle-acier des escaliers de secours qui lui faisait penser à des épines dorsales mises à nu. Comme si la ville avait été écorchée par un architecte dément.

Il avait toujours la désagréable impression de débarquer au beau milieu du cauchemar de quelqu'un d'autre. Un rêve déroutant, saturé de pollution, d'asphalte et de béton.

Puis tout s'estompait d'un coup. Son cerveau acceptait enfin de digérer le flot d'informations, de traiter le flux de signaux distillés par ses sens.

Il était loin du Centre à présent. Il le savait.

La liberté...

Une poignée d'heures à déambuler sans entrave, loin de son quotidien rythmé par les séances avec le docteur Mac Laine et les distributions de médicaments. Quelques milliers de secondes à effacer les murs blancs de l'établissement où il avait échoué, à s'offrir une tranche d'évasion préparée avec soin.

D'un mouvement, le jeune homme dégagea les mèches blondes qui encombraient son regard. Il fallait vérifier qu'il n'avait rien oublié même s'il savait que cela était impossible en définitive. Les règles régissant les lieux lui échappaient et les explications de Max ne faisaient qu'accroître sa confusion. Alors il répétait les gestes qu'on lui avait enseignés séance après séance.

Adam fouilla les poches de son jeans. Il tâtonna quelques instants en quête de son Term, son unique lien avec le Centre. Rassuré par le contact froid de l'appareil, il sourit. Puis il jeta un coup d'oeil au fond du sac à dos : barres chocolatées, lampe de poche et carnet de notes, son kit de survie semblait complet.

« Adam, qu'est-ce que tu fiches ? Dépêche-toi ! »

Surpris par l'injonction, il émergea de sa bulle.

« Si on veut rejoindre la Zone Aveugle, il faut se bouger. La pluie ne va pas tarder. »

C'était Vince. Vince et son éternel sourire. Son pote. Toujours pressé,toujours enthousiaste... lorsqu'il était en virée. Au Centre, il en allait autrement. Là-bas, Vince ne décrochait pas un mot. Il restait enfermé dans son monde, dévoré de l'intérieur par une voix terrifiante. Schizophrène. Tout comme lui...

Voilà pourquoi Adam aimait l'Inside. Ici, tout était différent, ici il était Adam, simplement Adam.

Il chargea son sac sur ses épaules et emboîta le pas de Vince. D'un geste, il dissimula ses traits fins – un visage de fille comme ne cessait de lui répéter Rachel – sous une capuche.

Les caméras – l'oeil de Gruber – étaient partout, postées à chaque coin de rue, sur chaque réverbère, traquant le moindre mouvement. Officiellement, elles servaient à assurer leur sécurité mais Adam n'était pas dupe. Le bon docteur les pistait.

Les deux adolescents longèrent les façades endormies du quartier résidentiel. Un interminable alignement de portes, de balcons et de fenêtres, tous identiques. Une architecture aussi stéréotypée que l'âme de ses habitants.

Adam exécrait cette partie de l'Inside, sans savoir vraiment pourquoi. Quelque chose qui résonnait douloureusement avec ses propres souvenirs. Ou plutôt avec les fragments qui surnageaient parfois dans sa mémoire.

Sa vie d'Avant.

Un vague amoncellement de sensations qu'il s'efforçait de ressusciter avec l'aide du docteur Mac Laine. En vain.

Ne pas y penser. Ne pas laisser la tristesse l'envahir, sous peine de sombrer.

Vince. Rester concentré sur Vince.

Ce dernier désirait lui montrer un truc énorme. Une surprise qu'il préparait depuis un petit bout de temps. Il n'avait rien voulu lui révéler tant qu'ils étaient au Centre. Là-bas, Vince communiquait par d'énigmatiques dessins, des croquis que seul Adam parvenait à déchiffrer. Mais Vince avait promis de tout lui dévoiler dès qu'ils partiraient ensemble. Et c'était pour aujourd'hui.

Qu'est-ce qu'il a encore bien pu inventer ?

Au fil de ses pensées, l'ocre des briques céda la place au béton puis au stuc lépreux de façades négligées. Et bientôt les deux adolescents quittèrent les zones résidentielles pour s'enfoncer vers les faubourgs industriels, aux frontières de la ville.

Peu à peu, les murs se chargèrent de tags, de hiéroglyphes peinturlurés à la hâte, des fresques défigurées à grands coups de bombes bon marché.

« Eh bien, mon vieux, tu n'as pas l'air super zen aujourd'hui, remarque Vince.

 - 'scuse, mais je pensais au Centre, à Rachel... »

Rachel – dix-neuf ans sur son Id-Pass, le double au fond de ses yeux bleus – s'était encore scarifiée la veille. Elle avait été transférée en isolement et personne ne pourrait lui parler avant plusieurs heures. C'était le prix à payer lorsque l'on allait mal. Pourtant Rachel ne représentait aucun danger, elle était même une sacrée chouette fille, en dehors de ses crises.

Le jeune homme s'efforça de repousser ces pensées. Ce n'était vraiment pas le moment de s'abandonner à la noirceur et risquer de gâcher le plaisir de Vince. Il glissa la main dans l'une de ses poches et referma les doigts sur le bout de tissu qu'il conservait en secret. Le contact de l'étoffe l'apaisa aussitôt.

Adam inspira une bouffée d'air et se tourna vers le mur qu'ils longeaient. Une ride de concentration barrait son front.

« Hé Vince, regarde, tu préfères ça ? »

Sous leurs yeux, un dragon argenté – réminiscence d'une illustration aperçue au détour de la Toile – se mit à serpenter le long des gouttières. L'animal se lova dans un recoin de briques sombres avant de se figer.

« Whaou ! Tu sais que tu es doué, s'enthousiasma Vince.

 - N'est-ce pas ?

 - Vantard ! »

Adam n'eut pas le temps de répondre que déjà son ami était reparti.

Il allongea le pas. Petit à petit, les pavillons abandonnèrent la partie, laissant le champ libre à d'imposantes murailles borgnes, enceintes d'usines et de hangars désaffectés. Tout se colorait de gris. Un dégradé monochrome qui allait du bitume profond au blanc délavé de suie.

Les adolescents s'enfonçaient toujours plus loin en direction de la Zone Aveugle. Bientôt, ils s'arrêtèrent à l'angle d'une rue.

Sur leur gauche, la ville hérissée d'immeubles en d'enseignes lumineuses. À droite, un terrain vague, où surnageaient quelques bâtiments endormis.

« On y est. Il ne nous reste plus qu'à éviter les caméras et on sera en sécurité.

 - Tu penses que Grüber va nous laisser faire ? s'inquiéta Adam.

 - Je m'en fous, c'est plutôt l'Autre qui m'inquiète. Mais une fois qu'on y sera, on sera à l'abri. »

Adam n'écoutait déjà plus. Il avait senti une présence, dans son dos.

Quelqu'un le regardait avec insistance.

L'Autre ? »

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