• A la mémoire des perceptions et des expériences ..

Phænomen, de Erik L’Homme

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AngeAdmin dimanche 19 juin 2016 12:50


Résumé :

Fous ? Idiots ? Bons à rien ?

Aux yeux du personnel de la Clinique du Lac, Violaine, Claire, Nicolas et Arthur sont un peu tout ça à la fois. Pas vraiment des héros. Et pourtant… Quand le seul médecin qui se soucie de leur sort disparaît, enlevé par de mystérieux agents, ses jeunes protégés n’hésitent pas : ils se lancent sur ses traces. Sans se douter qu’ils sont aussi sur la piste d’un des plus grands secrets du XXème siècle.

Leur vie ne sera plus jamais la même. l’histoire de l’humanité non plus.


Une course-poursuite haletante, où quatre adolescents vont puiser dans leur handicap la source de pouvoirs surnaturels. Le premier livre de la nouvelle saga d’Erik L’Homme vous emporte dans un monde plus vaste que le nôtre.

Gallimard jeunesse

L'auteur :

Erik L’Homme
Nationalité : France
Né(e) à : Grenoble , le 22/12/1967

Erik L'Homme passe son enfance dans la Drôme provençale, proche de la nature et des livres. Il fait des études d'histoire à l'université de Lyon, et après l'obtention de sa maîtrise, part à la découverte de l'Asie.Son premier livre parle de la langue et de la culture d'un ancien peuple vivant entre Pakistan et Afghanistan.
Aujourd'hui, il est de retour dans la Drôme à Poët-Laval, et partage son temps entre journalisme et écriture de romans.
Il se lance dans l'écriture jeunesse avec la trilogie du Livre des Etoiles, dont le premier tome publié en 2001 qui dès sa sortie reçoit un prix au Festival International de Géographie à Saint-Dié-des-Vosges.

Interview


Mon avis :

Dragon, Grand Stratégaire, loup-garou, vampire, ogre, NSA, sylphides air et mer, farfadet, livre d’Ezechiel, Hydargos, Minos, des charades, quelques titres en latin... tout ceci et bien plus sont rassemblés dans une trilogie absolument fantastique, et très réaliste en fait.

L'auteur a su, avec une infinie simplicité, mêler mythes d'hier et d'aujourd'hui, retourner le thème du handicap en représentation héroïque, re-poser des questions enfouies par le temps et l'histoire officielle, rouvrir les portes de notre perception intime...

Les premières pages :

« 1
Draco, onis, m. : serpent fabuleux

Elle était couchée, recroquevillée sur le sol froid de la caverne. Derrière, au fond, tapis dans l'ombre, les dragons feulaient doucement et leurs écailles crissaient contre la pierre. Leurs yeux luisaient, jeunes et vides, avides. Ils l'observaient, ils attendaient. Elle avait envie de crier mais en était incapable. Un étau serrait sa gorge. Elle haletait. Elle sentit la terreur l'envahir. Elle essaya de bander ses muscles, pour ramper vers la sortie, vers la lumière qu'elle apercevait, loin, trop loin. Pour aller à la rencontre du soleil, de la chaleur. Mais elle ne pouvait pas. Ses membres étaient paralysés. Elle n'arrivait pas non plus à ouvrir la bouche ni à fermer les yeux. Son esprit seul était en vie. Alors la panique la submergea…

Violaine émergea de son cauchemar en hurlant, trempée de sueur. Le sang martelait ses tempes. Elle aurait dû s'y habituer, depuis le temps. Depuis qu'elle était en âge de rêver, elle faisait le même rêve, toutes les nuits ! Mais chaque fois, la peur était la même, viscérale, abominablement réelle. Elle repoussa les couvertures et s'assit au milieu de son lit. Le réveil indiquait l'heure en chiffres luminescents. C'était déjà le matin et elle fut soulagée. Elle n'aurait pas à se rendormir. Elle allait bientôt pouvoir se lever, se doucher, descendre dans le réfectoire pour prendre son petit déjeuner. Et puis elle se rendrait à la convocation du docteur. Une convocation qu'elle appréhendait. Elle avait beau se dire que rien ne pouvait être pire que son cauchemar, le ton du Doc, hier, était inhabituellement dur…
– Entre, Violaine, je suis à toi  tout de suite.
La jeune fille poussa la porte qu'elle venait d'entrouvrir et pénétra dans le bureau. Elle la referma derrière elle, en hésitant, comme si elle craignait de se trouver enfermée dans la pièce. L'absence de sourire de la part du docteur, par-dessus le combiné du téléphone, renforça ses craintes. L'homme lui fit signe de s'asseoir.
Violaine avait quatorze ans et demi mais c'était déjà une grande fille, solidement charpentée. Elle se tenait voûtée et observait les gens par-dessous, baissant fréquemment ses yeux bleu foncé et s'abritant derrière de longs cheveux châtains. Elle portait un jean bleu, une paire de tennis usées, et un pull noir, trop grand pour elle, dépassait d'un blouson beige.
Elle promena son regard dans la petite pièce. Les murs étaient couverts de livres et de dossiers. À droite de la fenêtre, décorant l'un des rares espaces laissés libres, la photo d'une montagne, rocher gris jaillissant de la verdure et se découpant sur un ciel bleu, apportait une touche de couleur inattendue. Renforçant l'impression de vertige donnée par la photo, une corde d'alpinisme usée et un antique piolet étaient suspendus à un crochet, juste à côté.
Son attention se porta ensuite sur l'homme assis derrière le bureau. Le docteur Pierre Barthélémy avait la soixantaine. Ses rares cheveux épargnés par la calvitie étaient blancs. Derrière de fines lunettes au dessin moderne, des yeux vifs annonçaient une grande intelligence. Le docteur portait une chemise à carreaux, aux manches retroussées sur des avant-bras maigres mais bronzés. Violaine l'avait toujours vu habillé comme cela. Ce qu'elle préférait, chez lui, c'était son sourire. Il invitait à la confiance. Et faire confiance, Violaine n'en avait pas l'habitude ! Seulement aujourd'hui le Doc, comme ils l'appelaient entre eux, le Doc ne souriait pas du tout.
L'homme finit par raccrocher. Il se tourna vers la visiteuse.
– Je vais aller droit au but, dit-il après un silence qui parut interminable à Violaine : le docteur Cluthe a demandé ton renvoi de la clinique.
La jeune fille se tassa dans son siège.
– Je voudrais savoir, Violaine, pourquoi on en est arrivés là.
– Je ne sais pas.
Le regard de Pierre Barthélémy se fit plus dur.
– Je t'ai toujours défendue. Je veux que tu me donnes une bonne raison de le faire encore. Je peux essayer de fléchir le directeur. Ça ne dépend que de toi.
Violaine restait estomaquée. Elle n'en revenait pas du coup en traître porté par la mère Cluthe ! Il y a six mois de cela, elle aurait accueilli l'annonce de son renvoi avec indifférence. Mais l'arrivée dans la clinique du Doc avait bouleversé sa vie, sa vie et celle des autres qui étaient ses amis. Des amis qu'elle n'avait pas du tout envie de perdre.
– Tant pis, soupira le docteur en se levant. Je t'aimais bien, Violaine. Je pense que nous aurions pu changer pas mal de choses si…
– Attendez ! Je… Je vais essayer de vous expliquer.
Le Doc se rassit. Son visage se détendit et il esquissa un sourire.
– Alors dis-moi : pourquoi fais-tu enrager le docteur Cluthe ?
– Je ne la fais pas enrager, Doc. C'est sûr, je ne l'aime pas, c'est une méchante femme. Mais c'est elle qui trouve toujours un prétexte pour me persécuter ! C'est la vérité !
Barthélémy resta silencieux. Après une hésitation, Violaine poursuivit.
– En fait, la mère Cluthe a peur de moi. C'est pour ça qu'elle m'en veut.
– Le docteur Cluthe a peur de toi ?
– Oui.
– Elle te l'a dit ?
– Non.
Un sourire encourageant de Barthélémy invita Violaine à continuer.
– Je sais qu'elle a peur. Je le sens.
Le sourire du Doc se changea en moue dubitative.
– Mon premier renifle, mon deuxième grimace, mon troisième se bouche le nez, mon tout est une jeune fille qui juge une prairie entière sur l'odeur d'une bouse de vache ! Violaine, allons, tu me déçois…
Le Doc et ses sempiternelles énigmes pourries ! La jeune fille fit un effort sur elle-même pour ne pas rire. La mère Cluthe, une bouse de vache ? Elle n'aurait jamais osé y penser !
– Donc le docteur Cluthe a peur de toi, reprit Barthélémy. C'est pour cela que tu lui as renversé un seau d'eau sur la tête, hier…
– Avec les autres, on voulait faire une blague à Arthur, se récria Violaine. On avait mis un seau en équilibre sur la porte de sa chambre. Mais c'est Cluthe qui est entrée et qui l'a pris sur la tête. Elle m'a vue dans le couloir et elle m'a tout collé sur le dos !
Le docteur Barthélémy se renversa en arrière, comme pour prendre du recul. Il observa la visiteuse.
– Laissons tomber cette histoire de seau et revenons au docteur Cluthe. Tu ne me dis pas tout, Violaine. En fait, depuis que tu es là, dans mon bureau, tu me parles de tout sauf de l'essentiel. Est-ce que j'ai raison ?
Violaine prit une mèche de ses cheveux et joua avec. Ses gestes étaient saccadés. Elle hocha la tête.
– Parle-moi, Violaine.
– Je… Je ne veux pas partir, Doc. Je n'ai aucun autre endroit où aller !
Elle était au bord des larmes.
– Je ferai tout pour que ça n'arrive pas, Violaine. Je t'écoute, dis-moi.
Le jeune fille prit une inspiration.
– La mère Cluthe… commença-t-elle sur le ton de la confidence. Quand elle s'approche de moi, il y a une lumière sombre enroulée autour d'elle, un peu comme un… dragon, vous voyez ? Je n'aime pas les dragons noirs, ils sont avec les gens qui ont de mauvaises pensées. Heureusement, j'ai un bouclier blanc et une épée. Cluthe ne les voit pas, bien sûr, elle ne voit pas le dragon non plus. Mais elle recule quand même, et le dragon devient gris. Ça veut dire qu'elle a peur. Mais tant que je reste derrière mon bouclier et que je brandis mon épée, je ne risque rien. Avant, je n'avais pas de bouclier, alors les dragons se jetaient sur moi et ils me faisaient mal. Je hurlais, je hurlais !
Violaine s'était recroquevillée sans s'en rendre compte. Le docteur se pencha et l'attrapa par le bras.
– Tout va bien, Violaine. Il n'y a pas de dragon ici. Tu n'as pas besoin se bouclier ni d'épée, tu ne dois pas avoir peur.
La jeune fille sembla émerger d'un rêve. Ses yeux papillonnèrent et se posèrent sur la main du Doc qui la tenait toujours. Barthélémy s'en aperçut et la retira doucement.
– Tu as déjà raconté ton histoire de dragons à quelqu'un ?
– Vous ne me croyez pas, hein ?
– En fait, ce que je pense n'est pas très important. Je pourrais te dire que je te crois, mais ce ne serait pas vrai. Je ne veux pas te mentir. Tu m'as fait confiance en me parlant de tes dragons et c'est tout ce qui compte.
Le visage de Violaine reprit des couleurs.
– Vous savez, j'ai déjà parlé des dragons à mes amis. Mais ce n'est pas pareil. Vous êtes le seul adulte à savoir.
– Tes amis t'ont crue ?
– Bien sûr !
Barthélémy resta un moment silencieux.
– Je vais aller voir le directeur, et arranger les choses avec le docteur Cluthe. Mais tu dois être plus gentille avec elle. J'ai ta promesse ?
– Vous l'avez, Doc. Merci…
Elle quitta sa chaise et se dirigea vers la porte. Au moment de sortir, elle regarda Barthélémy.
– Vous savez, docteur, vous vous trompez. Il y a un dragon dans cette pièce. Mais le vôtre est blanc, c'est une bonne couleur. Je n'ai pas besoin de bouclier avec le blanc.
Puis elle disparut dans le couloir. »

Mais aussi :

« On a longtemps dit que le monde était plat comme une crêpe. Quand ils ont eu le droit d'en rigoler, certains ont affirmé qu'il était rond comme un ballon. Puis d'autres ont certifié que le ballon était aplati sur les pôles. D'autres encore se sont esclaffés et ont clamé que la Terre n'était ni plate ni ronde, mais bleue, bleue comme une orange. Ce sont eux qui sont le plus près de la vérité. La Terre n'est pas ronde, elle n'est pas plate : elle est ronde et plate, constituée de couches plates qui font le gros dos. Surtout, elle est bleue, bleue et orange. Bleue là où c'est profond, orange où ça affleure. Et puis violet, ocre, jeune, rouge partout, ça dépend des couches, de la cuisson des crêpes du monde ! Pour comprendre la Terre, il faut en voir les tranches. Voilà : la Terre est un gâteau, une charlotte pleine de fruits… »

« Il me faudrait les codes d'émission des puces RFID contenues dans les paquets de barres chocolatées que distribuent les automates du hall principal de Paris-Gare de Lyon. »

« Pourquoi n'étaient-ils pas allés sur la Lune, et pourquoi l'avaient-ils fait croire ? Parmi les documents qu'Harry me confiait se trouvait la réponse. Elle était stupéfiante ! »

« Moi, continua Arthur, il y a une chose que je n'arrive pas à comprendre : à en croire les preuves contenues dans la boîte, les Américains ne sont pas allés sur la Lune, d'accord. Mais d'après ce que j'ai eu le temps de voir et lire, les astronautes des missions Apollo se sont bel et bien rendus dans l'espace ! Ils auraient même survolé la Lune ! Pourquoi ne s'y sont-ils pas posés alors qu'ils étaient si près ? Ça m'échappe ! »