• A la mémoire des perceptions et des expériences ..

Starters – Lissa Price

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AngeAdmin vendredi 14 mars 2014 00:56

 

« Survivre n'est qu'un début »

Quatrième de couverture :

Vous rêvez d'une nouvelle jeunesse ? Devenez quelqu'un d'autre.

Règles s'appliquant à la clientèle de Prime Destinations :

  1. N'oubliez pas que le corps dont vous êtes locataire est celui d'une jeune personne.
  2. Il vous est strictement interdit e le modifier ou de le blesser.
  3. Toute activité illicite entraînera l'annulation de votre contrat.

Le corps que vous avez loué nous appartient.

L'auteur :

Titulaire d'un master en écriture de UCLA, Lissa Price est une scénariste américaine de talent. Elle a écrit des programmes jeunesse pour la télévision et reçu de nombreuses récompenses pour ses scénarii. La duologie Starters, son premier projet pour ados et jeunes adultes, a créé l'événement auprès des éditeurs internationaux, dès la soumission du manuscrit.

Chapitre 1

Les Enders me terrifient. Surtout le portier de la Banque des Corps, son sourire factice collé aux lèvres. Il n'est pas très vieux – dans les cent dix ans – mais il me file les jetons quand même, avec ses cheveux gris argent et son badge de pseudo-mérite. Dans le hall au décor ultramoderne, je me sens écrasée par la hauteur de plafond. Je traverse le vestibule comme dans un songe : mes pieds touchent à peine le sol en marbre.

Le type me dirige vers le comptoir de la réception. Une femme à la crinière blanche me gratifie d'un sourire aux dents de devant tachées par un rouge à lèvres vermeil. Ici, à la Banque des Corps, les Enders ont tout intérêt à être gentils avec moi. Mais s'ils m'avaient croisée dans la rue, ils ne m'auraient même pas adressé un regard. Peu importe que j'aie toujours été première de la classe, quand l'école existait encore. J'ai seulement seize ans. Pour eux, je ne suis qu'un bébé.

Les talons de la réceptionniste claquent et résonnent dans l'immense vestibule. Je la suis dans une petite salle d'attente au style dépouillé. Seules trois chaises recouvertes de velours argent meublent la pièce, dans les coins. Elles imitent le mobilier ancien mais les relents de peinture chimique trahissent leur modernité. Le fond sonore – un chant d'oiseaux – sonne faux lui aussi. Je baisse les yeux sur mon sweat-shirt usé et mes chaussures éraflées. Je les ai cirées tant que j'ai pu, seulement la crasse est trop incrustée. Pour ne rien arranger, j'ai fait tout le trajet jusqu'à Beverly Hills à pieds sous un crachin matinal et j'ai l'air d'un chien mouillé.

Mes pieds me tuent. Je m'affalerais bien sur l'une de ces chaises mais j'ai peur d'y laisser l'empreinte de mes fesses trempées. Un Ender de grande taille surgit soudain dans la pièce, interrompant le fil de mes pensées.

- Callie Woodland ? dit-il après un coup d'oeil appuyé à sa montre. Vous êtes en retard.

- Désolée. Il pleuvait...

- Ce n'est rien. L'essentiel, c'est que vous soyez ici.

Son bronzage artificiel fait ressortir sa chevelure poivre et sel. Il me sourit désormais à pleines dents, les yeux exorbités ; j'en ai froid dans le dos. Les Enders ne méritent vraiment pas le titre de seniors qu'ils revendiquent : ce ne sont que de vieux croulants cupides en fin de vie ! À contrecoeur, je serre la main flasque et flétrie qu'il me tend.

- Je me présente : monsieur Tinnenbaum. Bienvenue à Prime Destinations.

Il couvre ma main de son autre paume.

- Vous savez, je suis juste venue voir..., marmonné-je en examinant les murs à la recherche d'une hypothétique fissure.

- Comment nous fonctionnons ? C'est bien naturel. Et gratuit, qui plus est !

Sans cesser de sourire, il finit par me lâcher la main.

- Si vous voulez bien me suivre...

Il allonge le bras en direction de l'unique sortie comme s'il doutait de mon sens de l'orientation. Je sursaute face à l'éclat surréaliste de ses dents. On emprunte un petit couloir qui débouche sur un bureau.

- Entrez, Callie. Asseyez-vous.

Il s'empresse de refermer la porte derrière lui. Je me mords la langue pour étouffer un cri de surprise face au décor extravagant. Le flot continu d'une fontaine en cuivre couvre tout un pan de mur. Vu comment ils gaspillent le précieux liquide, c'est à croire qu'il ne leur coûte rien.

Au centre de la pièce trône un bureau en verre serti d'ampoules LED et surmonté, à une trentaine de centimètres, d'un écran d'ordinateur qui affiche la photo d'une fille de mon âge. Les cheveux longs, auburn, elle porte un short moulant. Le regard droit sur l'objectif, elle respire la confiance.

Je prends place sur une chaise design en métal tandis que M. Tinnenbaum se glisse derrière son bureau, en pointant du doigt la photo.

- L'une de nos récentes recrues. Même cas que le vôtre : c'est un ami qui lui a parlé de nous. Les femmes ayant loué son corps sont en-chan-tées !

D'une légère pression sur le coin de l'écran, il fait apparaître une nouvelle photographie : un Starter en maillot de bain de compétition, des carrés de chocolat à la place des abdos.

- C'est ce jeune homme, Adam, qui nous l'a envoyée. Il pratique le snowboard, le ski, l'escalade. Il est très populaire auprès de nos clients actifs, fans de sports en plein air mais qui ne les pratiquent plus depuis plusieurs dizaines d'années.

L'horreur de la situation devient brusquement tr-s réelle. Je m'imagine des vieux Enders flippants, rongés par l'arthrose, se payant le corps de ce Starter pendant une semaine. Sept longues journées passées dans sa peau... J'en ai des haut-le-coeur et meurs d'envie de bondir de ma chaise, mais je ne peux pas. Il faut que je reste.

Pour Tyler.

Je m'agrippe à mon siège des deux mains. Mon ventre se met à gargouiller. Aussitôt, Tinnenbaum me présente une coupelle en étain remplie de Maxitruffes. Mes parents avaient la même. Avant.

- Vous en voulez une ?

Je me sers sans attendre et me souviens tout à coup de mes bonnes manières.

- Merci.

- Allez-y, prenez-en d'autres.

Il agite le plat sous mon nez. Je m'exécute, en pioche une deuxième, puis une troisième que je range soigneusement dans la poche de mon sweat-shirt. Il semble déçu que je ne les mange pas devant lui ; à croire que je le prive de sa seule distraction. Dans mon dos, le glouglou de la fontaine se poursuit. Un véritable supplice. Si Tinnenbaum ne me propose pas très vite quelque chose à boire, il risque bientôt de me voir y plonger la tête pour m'abreuver tel un animal.

- Pourrais-je avoir un verre d'eau, s'il vous plaît ?

- Mais bien sûr.

Un claquement de doigts puis il élève la voix comme s'il s'adressait à un micro caché.

- Un verre d'eau pour la demoiselle.

Quelques secondes plus tard, une Ender à l'allure de top model entre, un verre sur un plateau. Elle le dépose sur le bureau et se retire aussitôt. Je prends le verre enveloppé d'une serviette en tissu. Au fond, des glaçons scintillent : on dirait des diamants.

J'avale d'une traite le précieux liquide. Les paupières closes, je savoure sa fraîcheur dans ma gorge. Je n'ai rien bu d'aussi pur depuis la fin de la guerre, et garde un glaçon en bouche en le croquant avec gourmandise. Quand je rouvre les yeux, Tinnenbaum est en train de me dévisager.

- Encore un peu d'eau ? me propose-t-il.

La réponse est oui mais, dans ses pupilles, je lis qu'il faut dire non. Je secoue la tête, suce le reste du glaçon, et constate, en reposant le verre sur le plateau, que mes ongles ont l'air plus crasseux que d'habitude. Les glaçons fondus me rappellent la dernière fois que j'ai bu de l'eau glacée. C'était il y a une éternité... En vérité, non, cela remonte à un an : notre dernier jour à la maison avant l'arrivée des marshals.

- Si je vous expliquais comment nous fonctionnons, ici à Prime Destinations ?

Je me retiens de ne pas lever les yeux au plafond. Ces foutus Enders... Pour quelle autre raison croit-il que je suis venue ? Un mince sourire aux lèvres, j'acquiesce d'un hochement de tête.

Du doigt, il efface les photos à l'écran. Après une nouvelle pression, des hologrammes s'affichent. Sur le premier, une Ender est allongée dans un fauteuil pendant qu'on introduit à l'arrière de son crâne une petite capsule, raccordée à un ordinateur par des fils de couleurs.

- La locataire est d'abord connectée à une IIC – Interface Informatique Corporelle – gérée par une équipe d'infirmières expérimentées, raconte l'homme. Ensuite, on lui administre un sédatif.

- Comme chez le dentiste ?

- Exactement. Tous ses signaux vitaux sont soumis à un rigoureux contrôle pendant la totalité de son expérience.

De l'autre côté de l'écran, on peut voir une jeune fille, étendue sur une chaise longue capitonnée.

- On vous endormira au moyen d'un anesthésiant, indolore et sans danger. Vous vous réveillerez une semaine plus tard, certes un peu groggy, mais enrichie d'une expérience unique.

Il me sert un nouveau sourire éclatant ; je m'efforce de ne pas grimacer.

- Que se passe-t-il pendant la semaine ?

- La locataire vit votre vie. (Il ouvre ses paumes et les retourne plusieurs fois de suite.) Vous avez entendu parler de ces programmes d'assistance informatiques qui permettent aux gens ayant été amputés de bouger leurs prothèses ? Il suffit pour eux d'y penser et le mouvement se produit. Ici, c'est à peu près pareil.

- Donc la locataire se visualise à ma place et si elle a envie de prendre quelque chose, elle n'a qu'à y penser et ma main s'exécute automatiquement ?

- C'est comme si elle était dans votre corps, oui. Elle le dirige mentalement et a ainsi l'opportunité de rajeunir. (Il se frotte le coude de la main.) Le temps d'une petite semaine en tous cas.

- Mais comment ?

D'un coupe de tête, il indique la partie opposée de l'écran.

- Là, dans une pièce séparée, le donneur – autrement dit, vous – est relié à un ordinateur au moyen d'une IIC sans fil.

- Sans fil ?

- On vous implante aussi une micropuce à l'arrière du crâne. Vous ne sentirez rien. Cela nous permet de vous connecter à l'ordinateur pendant toute la durée de la location. Vos ondes cérébrales sont alors traitées et l'ordinateur effectue la liaison entre vous deux.

- La liaison... ? je répète, les sourcils arqués.

J'essaie de me représenter deux cerveaux connectés de cette façon. IIC. Micropuce. Implantation. La vision est de plus en plus cauchemardesque, et je suis à nouveau tentée de déguerpir. En même temps, j'ai envie d'en savoir plus.

- Je sais, tout cela est nouveau pour vous, admet-il avec un rictus condescendant. Vous serez totalement endormie. La locataire prendra alors mentalement possession de votre corps. Puis elle répondra à une série de questions afin que l'équipe s'assure que tout fonctionne normalement. Après cela, elle sera libre de profiter à sa guise du corps qu'elle a loué.

À présent des graphiques montrent le corps en question jouant au golf, au tennis, pratiquant la plongée sous-marine...

- Le corps garde en mémoire son activité musculaire si bien que la locataire sera capable de pratiquer tous les sports que vous maîtrisez. Le temps de location imparti écoulé, la cliente revient ici. Dans l'ordre, on procède à toutes les déconnexions nécessaires. On cesse de lui administrer des sédatifs, on prend sa tension, on l'examine, et, si tout va bien, elle peut rentrer chez elle. Vous, la donneuse, recouvrez toutes vos fonctions cérébrales par l'intermédiaire de l'ordinateur. Vous vous réveillez comme après un sommeil de plusieurs jours.

- Et s'il m'arrive un truc pendant qu'elle est dans mon corps en train de faire du snowboard ou de la plongée ? Si jamais je suis blessée ?

- Le cas ne s'est jamais produit. Nos locataires s'engagent par contrat à des responsabilités légales et financières. Et croyez-moi, tous nos clients aspirent à récupérer leur acompte !

À l'entendre, je ne suis qu'une simple voiture de location. Des frissons remontent le long de ma colonne vertébrale. Je songe à nouveau à Tyler ; sans lui, je serais déjà partie de cet endroit sinistre.

Inquiète, je demande :

- Et la puce ?

  • On l'enlève eu terme de votre troisième contrat de location. (Il me tend une feuille de papier.) Tenez. Cela vous rassurera peut-être de lire ceci.

Règles s'appliquant à la clientèle de Prime Destinations

  1. Il est strictement interdit de modifier l'apparence de votre corps de location, notamment, mais pas exclusivement, au moyen de piercings, tatouages, coupes ou teintes de cheveux, lentilles de couleur pour les yeux ou interventions chirurgicales (ex : prothèses mammaires).
  2. Toute chirurgie dentaire est également interdite (plombages, extractions, pose de métaux précieux, etc.).
  3. Vous êtes tenu/e de rester dans les limites d'un rayon de quatre-vingts kilomètres à partir des locaux de Prime Destinations. Des cartes sont à votre disposition.
  4. Toute tentative visant à dérégler la micropuce IIC vous expose aux risques d'annulation immédiate de votre contrat. Votre acompte sera encaissé et une amende s'apliquera.
  5. En cas de problème avec le corps que vous avez loué, retournez sans attendre à Prime Destinations. Veuillez user de précaution lorsque vous manipulez la marchandise ; n'oubliez pas qu'il s'agit du corps d'une jeune personne.
  6. Sachez que la micropuce IIC empêche les locataires de prendre part à toute activité illicite.

Lire les termes du contrat ne me soulage pas. Au contraire, ça ne fait que soulever des problèmes que je n'avais même pas envisagés jusque-là.

- Et pour... le reste ?

- À quoi pensez-vous ?

- Je ne sais pas... (Je préférerais ne pas avoir à développer, mais bon...) Les rapports sexuels ?

- Que voulez-vous savoir ?

- Le contrat n'en parle pas.

Hors de question de ne pas « être là » lors de ma première fois.

L'Ender secoue la tête.

- Le message aux locataires est clair : les relations sexuelles sont proscrites.

Mais oui, c'est ça ! Au moins on ne risque pas de tomber enceinte. Tout le monde sait que cela fait partie des effets secondaires du vaccin – plus pour longtemps, espérons-le.

J'ai l'estomac noué. Je dégage les mèches de mon front et me lève d'un air assuré.

- Merci de m'avoir reçue, monsieur Tinnenbaum. Et pour vos explications.

Il tente de dissimuler le tic nerveux de sa lèvre en grimaçant un vague sourire.

- Si vous signez aujourd'hui, il y a un bonus. (D'un tiroir, il sort un formulaire sur lequel il griffonne quelques mots avant de le glisser vers moi sur le bureau.) C'est un contrat pour trois locations.

Je prends le document. Avec l'argent, on pourrait se payer un logement et de quoi manger pendant un an... Je me rassois et inspire profondément, tandis qu'il me présente le crayon.

- Trois locations ? insisté-je en saisissant le stylo.

- Oui. Vous êtes payée à l'issue de la dernière.

La feuille, dans ma main, s'agite. Je tremble.

- C'est une offre extrêmement généreuse. Elle inclut le bonus si vous signez aujourd'hui.

Il me faut cet argent. Tyler en a besoin.

Je serre le crayon. Le bouillonnement de la fontaine paraît s'amplifier. Le regard perdu entre les lignes du document, j'ai des flashes : le rouge à lèvres mat de la réceptionniste, les pupilles dilatées su portier, la blancheur irréelle des dents de M. Tinnenbaum. J'appuie la pointe sur le papier, mais avant de signer, je lève les yeux sur l'Ender. Peut-être ai-je besoin d'être rassurée une dernière fois ? Il approuve d'un signe de tête et sourit. Sa veste est impeccable, hormis une peluche blanche sur le revers. Elle a la forme d'un point d'interrogation. Tinnenbaum me semble si pressant que je repose lentement le stylo.

Il plisse les yeux.

- Un problème ?

- Je repense à un des dictons préférés de ma mère.

- À savoir ?

- « La nuit porte conseil. » Je voudrais réfléchir avant.

Son regard devient glacial.

- Je ne peux vous garantir qu'une telle offre sera encore valable.

- Je suis prête à courir le risque.

Je plie le contrat pour le mettre dans ma poche et, une fois debout, m'efforce d'adresser un timide sourire à l'homme.

- Vous croyez franchement pouvoir vous le permettre, Callie ?

Il vient se poster juste devant moi.

- Probablement pas. Mais je tiens à prendre le temps de la réflexion, dis-je en le contournant pour me diriger vers la porte.

- Appelez-moi si vous avez des questions, propose-t-il en criant presque.

Je passe à vive allure devant la réceptionniste ; elle semble avoir l'air chagrinée de me voir m'en aller si tôt, et me suit des yeux tout en appuyant sur un bouton qui doit servir en cas d'urgence, j'imagine. Je continue sur ma lancée. Le portier, de l'autre côté de la porte vitrée, me dévisage avant de l'ouvrir.

- Vous nous quittez déjà ? me demande-t-il en affichant une expression macabre.

Je lui passe à côté en trombe.

Dehors, l'air frais de l'automne me fouette le visage. J'en remplis mes poumons tout en me faufilant sur le trottoir parmi la foule d'Enders. Je dois bien être la première Starter à refuser l'offre de Tinnenbaum, à ne pas ployer sous son autorité. Mais j'ai appris à me méfier d'eux.

Je marche dans Beverly Hills, renâclant face aux signes extérieurs de richesse qu'on y trouve encore, plus d'un an après la fin de la guerre. Dans ce coin de la ville, seul un magasin sur trois est vide. Lignes de designers, équipement télévisé et robotique, tout ça pour calmer la fièvre d'Enders friqués, accros au shopping. Le crédit file bon train ici. À la moindre panne, pas d'autre choix que de se débarrasser de son matériel : il n'existe plus personne pour réparer et aucun espoir de trouver des pièces de rechange.

J'avance dans la rue, tête baissée. J'ai beau ne pas avoir enfreint la loi pour le moment, si un marshal mineur est légalement obligé de les présenter aux forces de l'ordre.

Alors que j'attends au feu pour traverser, un camion s'arrête. Ses passagers – une bande de starters à la mine morose, sales et portant des traces de coups – sont assis, les jambes croisées, sur la banquette, des pioches et des pelles entre leurs jambes. Une fille, le crâne bandé, me toise d'un regard vide.

Soudain, un éclair de jalousie passe sur eux. Comme si ma vie était meilleure que la leur. Le véhicule redémarre et la fille s'étreint elle-même. Ma vie est loin d'être belle mais la sienne est probablement pire, en effet. Il doit bien y avoir un moyen de sortir de ce cauchemar. Une solution qui n'ait rien à voir avec cette Banque des Corps immonde ou avec l'esclavagisme légalisé.

J'emprunte les ruelles plutôt que les grandes avenues telles que Wilshire Boulevard, un repaire d'officiers. Deux Enders en imperméables noirs chics avancent dans ma direction. Les épaules rentrées, j'enfonce mes mains dans mes poches. Le contrat dans cette de gauche. L'autre pleine des Maxitruffes.

Au goût aigre-doux.