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Mille femmes blanches – Jim Fergus

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AngeAdmin samedi 8 février 2014 16:21

Quatrième de couverture :

En 1874, à Wasington, le président américain Grant accepte dans le plus grand secret la proposition du chef indien Little Wolf : troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l'intégration du peuple indien. Si quelques femmes se portent volontaires, la plupart des "mille femmes" viennent en réalité des pénitenciers et des asiles de tous les Etats-Unis d'Amérique... Parvenue dans les contrées reculées du Nebraska, l'une d'entre elles, May Dodd, apprend alors sa nouvelle vie de squaw et les rites inconnus des Indiens. Mariée à un puissant guerrier, elle découvre les combats violents entre tribus et les ravages provoqués par l'alcool...

Aux côtés de femmes de toutes origines, May Dodd assiste à la lente agonie de son peuple d'adoption...

 

L'auteur :

Né à Chicago en 1950, d'une mère française et d'un père américain, Jim Fergus est chroniqueur dans de nombreux journaux américains. Passionné par l'histoire des Indiens d'Amérique, il avait depuis toujours le projet d'écrire une biographie de Little Wolf. Afin de trouver matière à son livre, il s'est beaucoup documenté et a sillonné le Middle West, de l'Oklahoma au Montana, seul pendant plusieurs mois, sur les pistes des Cheyennes. A partir d'un fait authentique, Jim Ferguson a imaginé le journal d'une des femmes qui ont été données en mariage aux Indiens en 1875. Mille femmes blanches (2000), qui est son premier roman, a obtenu le prix du premier roman étranger.

 

Extraits :

« La vie est si imprévisible. Quelle sensation étrange de me trouver dans ce train, en route pour un long voyage, et de contempler la ville qui s'éloigne. Je me suis assise dans le sens contraire de la marche pour garder avec moi une image fuyante de Chicago, son épais nuage de fumée charbonneuse qui, à la manière d'un parasol géant, s'étend au-dessus des rives du lac Michigan. Toute grouillante et noire, la cité vient une dernière fois de défiler sous mes yeux. Son éclat et ses bruits m'ont tant manquée dans le silence et l'obscurité de la réclusion. Et j'ai maintenant l'impression d'être un personnage de théâtre, arraché au monde réel et voué à un terrible rôle que l'auteur n'aurait pas encore écrit. Comme j'envie ces gens que j'aperçois depuis la fenêtre du train, pressés de retrouver la sécurité d'un labeur quotidien, tandis qu'on nous emporte, déjà captives d'un destin et d'un monde inconnus. »

«  Nous étions exactement douze personnes à l'intérieur de notre tente, dont la majorité avait été choisie pour d'évidentes raisons de pauvreté. Ce n'est sans doute pas le genre de chose qui te viendrait à l'esprit, ma chère Hortense, toi qui vis à l'abri du besoin et jouis de tes privilèges, mais la misère a un caractère universel qui transcende les cultures ; tout comme la nôtre, la société indienne a ses riches et ses pauvres. Les bons chasseurs, les « fournisseurs », vivent dans de belles tentes bien pourvues, dotées de quantités de peaux et cuirs, possèdent de bons chevaux, alors que d'autres n'ont presque rien et doivent compter sur les largesses de leurs voisins. J'admets n'avoir jamais rencontré peuple plus généreux et altruiste. Je suppose que les malheureux qui sont venus chez nous ce soir-là – tu vois, je commence à me sentir propriétaire de mes quartiers ! – sont des parents de guerriers morts au combat, ou peut-être ceux des lamentables épaves que nous avons vues autour des forts, ces ivrognes et ces mendiants qui ont abandonné leurs familles... Je ne peux m'empêcher de me demander ce que nous pouvons bien faire à ces gens pour que leurs vies et leurs moyens d'existence s'abîment tant à notre contact, qu'ils se « dégradent » à cause de nous, comme disait le capitaine Bourke... »

«  Mon Dieu, pardonnez-nous tous... Pardonnez à cette humanité... »

 

Mon avis :

La version pocket est agrémentée d'un liseret rouge publicitaire qui dit : « L'échange le plus odieux jamais imaginé », visant subliminalement les Indiens. Je trouve dommage que ce roman soit réduit à un jugement de valeurs, qui n'a justement de valeur que dans un cadre précis. À mon sens, ce qui est odieux, c'est l'utilisation abusive de femmes par le gouvernement américain, dans un seul but : asservir le peuple légitime américain.

Revenons-en au livre. J'ai beaucoup aimé l'écriture soignée, qui semble être une correspondance à sens unique véridique. Jim Fergus se glisse dans la peau d'une femme avec une étonnante efficacité. Les sujets évoqués sont multiples : les relations inter-raciales, la condition féminine à la fin du XIXème siècle, la politique du président Grant, la conquête de l'espace américain, le choc des cultures.. Nous suivons l'épopée de May avec émotion... nous suivons le vol de Mesoke...