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5 minutes de lecture (1039 mots)

Flash... Lumière

Flash... Lumière

 

Ce matin je suis encore au lit et le soleil est entré dans la chambre. J'ouvre les yeux et savoure sa lumière. Dehors j'entends une voiture démarrer. Alors je ferme les yeux et je me souviens. Flash. Je suis à nouveau dans mon lit de petite fille. J'ai 32 ans. 32 ans et encore dans l'enfance. J'entends la voiture de mon papa qui démarre. Je lui envoie une pensée d'amour. Hier soir encore j'étais à côté de lui, sur son lit, je lui tenais la main, j'essayais de comprendre ce qu'il ne disait pas. J'essayais d'entendre son cœur. De toucher du doigt sa peine, comme si je pouvais l'effacer d'un coup de pouce. Il sort bien tôt ce matin. « Roule prudemment », je murmure. « Je t'aime ». Je m'étire. Flash. C'est deux ou trois heures plus tard que je suis au téléphone, au milieu d'un magasin. Ma maman. Elle a appelé ma meilleure amie qui m'accompagne pour me parler. Bizarre. La tête me tourne soudain. Je prends le combiné. Je la force à me dire ce qu'elle retient. J'entends un bruit de roulement. Mon cœur s'arrête. Respirer devient un effort bien trop difficile. Flash. Je suis chez ma psy, la veille. J'ai peur que mon papa ne fasse une bêtise, un jour prochain. Comment puis-je l'aider ? Elle ne me répond pas. Comme toujours. Les réponses sont en moi. Mais où ? Flash. Je suis à nouveau au milieu des rayonnages. Je me concentre pour reposer tous les vêtements dans mes bras. Il faut que je range. Il faut que je range. Il m'attend. Il n'est plus là. Je dois y aller. J'ouvre la bouche. « Il est mort ». « Mon papa est mort ». C'est impossible. C'est vrai. Flash. On me dit d'être courageuse. Tous ces bruits sont comme des mouches. Je ne veux pas quitter la maison. Un jour, ils m'obligent à partir. « La vie doit continuer ». En vrai on dit réellement ce genre de conneries ? Est-ce que c'est ma faute ? Peut-on mourir de n'être pas aimé comme il faut ? Mais qu'est-ce que j'aurais pu faire ? Il paraît qu'en premier on refuse de croire. Flash. Nous écumons la voie ferrée avec mes frère, sœur, cousin, cousine, à la recherche de la vérité, de la preuve, de Saint Thomas qui doit bien se cacher quelque part. Allons-y pour un pèlerinage... « Sois forte pour eux » « Ton père n'aimerait pas te voir comme ça ». Qui peut entendre mes sentiments ? Quel est ce monde qui demande tout de soi ? Flash. J'ouvre les yeux dans mon petit lit. J'entends la voiture qui démarre. « Roule prudemment » « Je t'aime ». La couette se referme sur moi, protectrice. Flash. J'ai enregistré sa voix. Un simple message sur un répondeur devient Saint Graal. Rarement on pense que l'on va oublier le son de la voix en premier. Toujours elle résonnera. Plein de fois, j'ai voulu quitter ce monde, mais c'est lui qui est parti. Comme le monde est grand sans lui. La perte remplit l'espace d'un abîme immense. On n'arrête pas de me répéter que je dois être forte. Il le faut bien, tous sont anéantis, larmoyant sur eux-mêmes, se noyant dans d'obscures colères. Les pinceaux de la haine tuent les couleurs. Il faut bien garder l'arc-en-ciel, le prisme qui chatoie à chaque fois que je croise son sourire sous mes paupières closes par les larmes. Flash. La couette raréfie l'oxygène, mais si j'ouvre je ne serai plus à l'abri. Toujours cette voiture qui démarre. Sept ans plus tard, elle reste un instant d'éternité. Flash. Croyances, doutes, recherche, questions, cris... Foi ? Le chemin est rempli de pavés, le tout est de marcher dessus, histoire d'éviter de les prendre dans la tête. Un jour, il me parle. Comment ? Le doute va le tuer alors j'écoute. Il me parle de pardon. Je vais voir ses frères, leur passe le message. Il paraît que c'est courageux de faire ça. D'aller à l'encontre du jugement pour délivrer un message. Tu parles ! Je leur pardonne aussi. Je lui pardonne à lui de m'avoir laissée dans un monde qui ne m'aime pas. Je recommence à manger le pain de la vie. Cependant, la saveur ne vient pas. Flash. La couette est lourde. Sa chaleur commence à peser sur ma conscience. La voiture démarre. « Roule prudemment » « Je t'aime ». Je ne me souviens plus si le soleil brillait. Il me semble l'entendre caresser mon âme. Ma main effleure le bord du matelas. Flash. Quelque chose m'échappe. Un soupir ? Un espoir ? Un sanglot ? Tout à la fois. Je crois que ça s'appelle être vivant. Le vent souffle où il veut, soudain il entre en toi, malgré toi. Il est dans le sourire des ados avec qui je travaille. Dans le contact sincère et simple. Flash. Sa main dans la mienne. Cette chance d'avoir osé enfin me rapprocher de lui, d'aller au-delà de notre relation quasi télépathique au profit du toucher d'amour. La veille encore je prenais mon courage à deux mains, c'est le cas de le dire. Nos deux mains doucement pressées. Tous les mots de l'univers dans cette étreinte familiale, et même plus. D'être à être. Quelques jours auparavant je l'étreignais maladroitement et fortement quand sa maman s'éteignait. Je n'arrivais pas à l'atteindre. Je le croyais. J'avais tort. On se touche tout le temps. Cela transcende la matière. On se touche par l'esprit, par le souvenir, par les sons, par l'amour en fait. Alors, le saut de l'ange était-il fuite ou courage ? Flash. Il est mort. Je serre la couette. Comme le ventre de maman. De plus en plus dur de respirer là-dessous. Que faire ? Une voiture démarre. « Roule prudemment ». Elle sort du garage. Le gravier de la cour crisse sous les pneus. Il résonne sur ma peau. J'ai chaud. Il faut que je respire, malgré tout. D'un coup de pied, je repousse la couette et j'émerge de cette mer d'huile sainte. C'est l'extrême onction qui frictionne mon cœur meurtri. La première goulée d'air fait mal. Bien. Papa. Une voiture démarre. Un train s'arrête. « Je t'aime ». Le soleil se fait plus fort sur ma face. Mes yeux s'ouvrent. Un oiseau me regarde devant la fenêtre. Il trille ce qui ressemble à « Courage ». Je me lève et j'ouvre la porte... Lumière. Je t'ai entendu papa. Moi aussi je t'aime.

L'Angélique ☆

 

Sens l'essence avec les sens
France : 7 Janvier 2015, un autre 11 Septembre...
 

Commentaires 2

AngeAdmin le dimanche 1 février 2015 22:31

Merci infiniment

Merci infiniment
AngeAdmin le lundi 2 février 2015 16:58

Très touchée, merci et bisous aussi

Très touchée, merci et bisous aussi
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Invité
dimanche 9 août 2020

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