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Des couleurs en matière religieuse en particulier dans la mythologie grecque

Des-couleurs-en-matire-religieuse par Yvonne Rousseau

Je ne pense pas qu'il faille prendre à la lettre le qualificatif de « peuple bleu » ou de « sans bleu ». Les vrais « sang bleu » sont des malades1. Par contre, le bleu tient une grande place dans la mystique, et les « dieux bleus », comme Krishna ou Osiris, sont souvent représentés avec un visage bleuté. J'ai pu le constater pour Krishna à l'exposition d'art hindou, au Petit-Palais, en 1959. Pour les Grecs, qui, peut-être, s'inspirèrent des Atlantes, le bleu est l'expression des Ténèbres premières, de la Nuit ancestrale : Gaïa, la Terre, entrouvrit ses paupières bleues pour recevoir la lumière.

Les Néréides, aux premières manifestations de la Vie, battirent les flots de leurs cils bleus, le bleu des algues, des diatomées. Bleue aussi est leur chevelure.

Après Gaïa, Vierge primordiale, ce sont ses filles et petites-filles, les Déesses Rhéa (Kybélé en Phrygie) et Déméter qui héritèrent de l'épithète bleue. Déméter est dite « au péplos bleu », le bleu argenté de la nuit (Kuanos, bleu sombre). Héra, sa sœur, la voûte céleste personnifiées, porte aussi un « péplos bleu », le bleu étincelant du jour.

Mais à côté du bleu, les Grecs adorent aussi le rouge, erythros, qui exprime plutôt ce qui flambe (comme dans Erythraia thalassa, la mer Rouge). Non le vrai rouge, car leur rouge est plus souvent teinté de jaune ou de bleu.

Teinté de jaune, il donne – en l'ocre – ce que nous appelons l'orange, ou le rose. C'est la couleur du péplos d'Aphrodite, du voile d'hyménée. Le cuivre est le métal consacré à la Déesse de Kypros. Teinté de bleu, le rouge devient la pourpre, porphyra, et le violet, ion (qui a donné iode). La pourpre est la couleur royale. Le violet est plus divin encore. Il représente la beauté intacte de l'adolescence, la modestie, la chasteté. Adonis, Dionysos, se couronnent de violettes mêlées au lierre. Ils ont les « joues violettes ».

Les couleurs pourpre et violet désignent aussi la beauté du ciel et de la mer. La pourpre du couchant ; les violettes de l'Hymette sont célèbres, et elles sont vraies. Il est vrai aussi que, sous le ciel presque blanc, la mer Egée apparaît violette.

La pourpre violette est la plus renommée. Elle sert d'himation (manteau) au Basileus (le Roi), avant de servir de palladium à l'Imperator (l'Empereur). Un tapis de pourpre est déroulé devant les pieds d'Agamemnon lorsqu'il rentre dans son Mégaron.

Plus aimablement, Sappho est appelée « Tisseuse de violettes », ces couronnes de la pudeur dont elle aime à parer celles qu'elle aime.

Dans les mystères adonisiaques, nous trouvons l'anémone sauvage, rougie du sang d'Adonis, bleuie des larmes de Kypris.

Dans les mystères dionysiaques, le violet a son complémentaire, le jaune, le jeune sefran, krokos. La robe de Dionysos est appelée « krokote ». Les Bacchantes la portent, et aussi les femmes du choeur des Thesmophories, – les Thesmophores étant Déméter et sa fille Koré. Ainsi, des déesses khtoniennes (la force qui, du sein de la terre, fait surgir la vie, me semble la bonne traduction du mot khtonien, mal traduit par le mot souterrain), au péplos bleu, les âmes illuminées s'élancent vers la lumière, représentée par le krokos jaune, et aussi le krysos, l'or.

Quant au blanc pur et au noir véritable, ils ne semblent pas tellement accrédités par la mythologie. Koré a mangé le grain de la grenade, rhoa, prison charnelle de l'âme qui attend sa libération. La blanc est la teinte naturelle du lin : un « lin pur » est un « blanc pur ».

Certes, il y a le lis, leirion (ou krinon), aux étamines jaunes. Il tient, lui aussi, une place dans le mythe de Déméter, venue de Crète, c'est-à-dire du monde minoen où la fleur de lis stylisée se confond avec la « labrys » (double hache) à deux tranchants. C'est le mythe d'Ariane la très pure, personnifiée par le lys.

Aux dieux de lumière, aux déesses vierges, sont sacrifiés des taureaux blancs, de blanches taures et de blanches brebis.

Le noir est la couleur du Hadès, l'Invisible, et du sommeil, Hypnos, frère jumeau de Thanatos, la mort. Leur fleur est le pavot noir, glaukion. Mais, là encore, ce noir est plutôt bleu ou bleu-vert. Glaukos est le monstre marin des abysses. Le qualificatif glaukopis, donné couramment à Athéna, veut dire « au teint bleu, aux yeux bleus ». Son oiseau symbolique est la chouette, glaux, qui voit dans le noir et symbolise donc la pénétration de la vue.

Hadès, appelé aussi Aidoneus, ou Pluton, est dit « aux cheveux bleus, à la barbe bleue ». On lui sacrifie taureaux et béliers noirs.

Le noir fut donc pour les Grecs la couleur du deuil ; elle l'est restée pour nous. Le Christianisme l'a tristement adopté pour en vêtir ses prêtres : vêture d'un deuil éternel, peu compatible avec la foi à la résurrection. Il est vrai que la hiérarchie catholique passe du noir au violet épiscopal, au rouge cardinalice et au blanc papal. Mais elle n'a pas retenu le jaune, cher aux bonzes orientaux. Violet et jaune sont aussi les couleurs affectionnées par Bouddha.

Enfin, la déesse Iris, l'arc-en-ciel aux sept couleurs, est le message divin de Toute Lumière, de la Lumière Totale.

 

Article déjà paru dans le n°206 d'Atlantis (1961)
1 Dans le numéro 204 d'Atlantis, un important article d'Henry Bac intitulé « Les Atlantes furent-ils un peuple bleu ? » envisageait le problème d »une autre manière. À ce propos, et tout récemment, notre amie Josane Charpentier nous écrivait : « Dans le Sud marocain, un peuple de nomades a la réputation d'avoir la peau bleue ; on les appelle, d'ailleurs, les « hommes bleus ». Ces hommes, toujours vêtus de bleu, emploient pour teindre leurs laines et leurs vêtements une couleur qui déteint ; aussi, au cours des années, leur peau prend une teinte bleutée. Il m'a été rapporté qu'un autre peuple d'Océanie est également exclusivement vêtu de bleu. Le bleu, c'était aussi la couleur des vêtements des Atlantes, selon Platon. Et l'expression « avoir du sang bleu » pourrait remonter bien loin dans le temps... »
Source : Magazine Atlantis n°283, 1975
La véritable légende de Chasseloup
 

Commentaires

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Invité
jeudi 25 février 2021

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8 février 2021
C'était pas Autriche mais autrice, vive le T4
AngeAdmin Le verbe de tes yeux
7 février 2021
Merci Stéphane
Invité - Stephane Le verbe de tes yeux
7 février 2021
Quel joli texte, aussi exceptionnel que l'Autriche, gros bisous
Invité - Laurent Boutin Anomalie dans la matrice et "but de la vie" seconde partie
25 décembre 2020
Je n'écris pas pour donner mon avis et je ne sais pas même si je serais lu par l...

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